Aider à devenir parents, voici bien un sujet essentiel pour l'avenir des jeunes eux-mêmes, des générations futures et de nos sociétés.
Le choix du mot "devenir" indique bien que l'acquisition de l'état de parents est le fruit d'une évolution, voire d'une conquête à renouveler sans cesse.
La femme, fille de sa mère et de son père, puis partenaire de son mari ou compagnon, ne deviendra pas mère elle même, brusquement, le jour de la naissance de son enfant. L'homme fils de ses parents, puis mari ou compagnon d'une femme, ne sera pas, lui non plus, l'objet d'une mutation brutale. Chacun d'eux connaîtra un long cheminement résultant de sa propre nature, de son sexe et du statut de celui-ci dans le milieu socioculturel où il vit, ainsi que de son histoire personnelle, c'est à dire sa vie prénatale, sa naissance, son enfance et son adolescence, les liens établis avec son père, sa mère et les autres.(...)


L'enfant qui vit dans l'imaginaire de la femme depuis son enfance l'aide à nourrir ses aptitudes innées à la maternité. Le passage à l'enfant réel se fera d'autant mieux que les problèmes de la future mère avec ses propres parents, sa mère surtout, auront été mis à jour et, si possible résolus. Quant aux hommes, pendant des siècles, ils sont "devenus pères, de père en fils" par une sorte de succession évidente. Cependant, chacun d'eux reste encore grandement influencé par l'image de son propre père, par la façon dont celui-ci a assumé ou non la paternité à son égard. Il serait bon que chaque homme en prenne conscience pour s'en dégager et construire son attitude personnelle.

Collectivement, les hommes portent encore le poids d'une image virile et patriarcale longtemps incontestée. (...) Animal social affairé, il a peu le loisir de nourrir et de bercer en lui un désir d'enfant. Pour entrer en paternité, il aura souvent besoin de l'aide de sa compagne, même Si l'évolution des mœurs lui permet de partager plus amplement la grossesse de celle-ci et l'éducation des enfants. Il est important que les jeunes femmes et les jeunes filles en soient averties car l'équilibre, la solidité du couple, comme la qualité de l'accueil de l'enfant, en dépendent en partie. En somme, Si les pulsions, les besoins et les fonctionnements fondamentaux demeurent, s'inventent au jour le jour de nouveaux modes d'expression des relations homme-femme à l'intérieur du couple, et des rapports éducatifs parents-enfants, au sein de la famille. Et ceci sous toutes les latitudes.

Qu'est-ce l'éducation ? Il nous faut distinguer clairement l'instruction et l'éducation. L'instruction est la transmission de savoirs et de savoir-faire. Elle utilise des méthodes d'apprentissage. L'éducation, elle se propose de favoriser l'éveil et le développement des potentialités d'un être humain et son adaptation au monde. L'être humain s'éduque, c'est à dire se forme et se développe par les puissances de vie qui sont en lui et au moyen des éléments physiques, affectifs, mentaux et spirituels qui lui sont fournis par son entourage familial et social. Qui sont les parents ,éducateurs par nature ? Des adultes qui ont "appelé à la vie" un nouvel être humain, qui sont attentifs à satisfaire les besoins fondamentaux, physiques et psychiques de l'enfant puis de l'adolescent, qui l'aident à épanouir ses potentialités, à conquérir une autonomie responsable et à prendre place dans la société.

Dès sa naissance, l'enfant a des besoins physiologiques : boire, manger, dormir, être au chaud, et des besoins psychologiques : attention, reconnaissance, respect, tendresse. Il a besoin que sa mère et son père le reconnaissent comme une personne humaine à part entière, ayant un besoin vital de communication, d'échanges, d'amour. Le bébé vit tout ce qui l'entoure sur le mode sensoriel et émotionnel : il a besoin que son parent le protège contre les sensations trop fortes, lui parle, le console, nomme ses sensations et ses émotions, leur donne un sens afin que lui-même se les approprie, se situe dans son environnement et commence à élaborer sa pensée. Cela demande que le parent, mère ou père, ait acquis la capacité de sortir de lui-même, de ressentir par empathie ce qu'éprouve l'enfant et de le mettre en mots.

L'enfant a également besoin que ses rythmes soient respectés : rythmes veille-sommeil, mais aussi rythmes de développement. Trop de parents veulent un enfant précoce. L'enfant s'efforce alors de satisfaire ses parents car il a besoin d'être aimé et apprécié. Mais il est bousculé dans son rythme propre et privé du temps de maturation nécessaire pour transformer ses compétences en performances stables et sûres et acquérir une confiance en soi qui déjà esquisse un caractère fort.

Ces besoins fondamentaux, en fait, subsistent toute la vie sous des formes d'expression différentes que les parents doivent être attentifs à repérer et à satisfaire aux différentes phases de l'enfance et de l'adolescence. L'être humain s'éduque, de sa conception jusqu'à sa mort par 3 processus essentiels : l'imprégnation, l'imitation et l'expérimentation. Expérimentation prolongée et complétée par l'étude et la réflexion. Plus l'être est jeune, plus l'imprégnation est importante et forte. Ce processus reste fort durant toute l'enfance et subsiste ensuite à des degrés divers. L'enfant s'imprègne des réactions émotionnelles et comportementales de sa mère, de son père, de la relation qu'ils ont entre eux et surtout de celle que l'un et l'autre établissent avec lui. Ces modèles parentaux engrangés dans le subconscient sont des schémas fondateurs de notre mode relationnel futur.
Le processus d'imitation pousse à reproduire ces schémas intégrés ou, à un certain moment, de s'y opposer, ce qui est encore en dépendre, mais c'est là un passage obligé pour se trouver soi-même. Quelle responsabilité pour les parents pris comme modèles qu'ils le sachent ou non, qu'ils le veuillent ou non ! Heureusement, l'enfant, comme plus tard l'adolescent, n'a pas besoin de parents parfaits. Vouloir le devenir serait une illusion dangereuse qui n'engendrerait que malaises, déceptions, conflits. Enfants et adolescents n'ont besoin que de parents "suffisamment bons" selon l'expression de Winnicott. Ils ont besoin d'un père et d'une mère qui soient authentiquement eux-mêmes, assez fermes et solides pour être des points d'appui, assez ouverts pour dialoguer et inter-réagir avec eux, assez chaleureux pour que le jeune construise une bonne estime de soi, assez confiants dans la vie pour que le jeune garde sa foi naturelle en l'avenir. Si l'enfance a été bien vécue, le passage à l'adolescence a de bonnes chances de se passer au mieux.
Mais les parents doivent savoir que le jeune passera par une période d'opposition aussi inévitable que nécessaire. Á eux de comprendre que ses accés d'humeur, parfois de révolte, sont le côté maladroit de ses efforts pour s'enfanter dans une certaine douleur. Á eux de poser des limites si nécessaire, de négocier d'indispensables libertés nouvelles mais de les accompagner de responsabilités nouvelles. Á eux de maintenir une écoute et un dialogue constructifs, dans une confiance et un respect mutuels.
Ils doivent accepter que le jeune, sous l'impulsion de sa créativité, ait besoin, pour se déprendre de la prégnance des modèles parentaux, de se rapprocher des copains. Il est rassurant de se regrouper avec ceux qui ont les mêmes pulsions, les mêmes désirs, les mêmes problèmes. Le garçon recherchera plutôt la bande avec laquelle partager des activités, la fille plutôt la meilleure amie avec qui échanger petites confidences ou grands états d'âme.
Les parents peuvent, là encore, fortifier leurs grands enfants contre les excès du groupe, des modes qui le traversent et qui sont la forme adolescente de la pensée unique et du comportement conforme. Ils peuvent, três tôt, ramener le jeune vers lui-même : "Et toi, qu'est-ce que tu ressens ? Qu'est-ce que tu penses ? Qu'est-ce que tu souhaites vivre? Qu'est-ce que tu veux faire de ta vie ?". Échanger avec sincérité sur ces questions aidera le jeune à affiner son discernement et à prendre conscience que liberté et responsabilité sont un couple indissociable pour un juste équilibre.
Chacun à sa spécificité, complémentaire de l'autre. La fonction maternelle est nourricière alors que la fonction paternelle est structurante. La mère apporte la nourriture, les soins, la tendresse, la beauté et la délicatesse. Le père est le NON qui pose une limite, crée une séparation, provoque une frustration organisatrice du psychisme et du comportement.
L'homme a en lui une part de féminité et la femme une part de masculinité. L'enfant a besoin d'une certaine identification au parent porteur du même sexe que lui, tout en se nourrissant de la polarité du parent de l'autre sexe. Les parents avertis peuvent favoriser ce processus. Ainsi la mère laissera s'exprimer la féminité, voire le désir de maternité de sa fille et montrera à son fils qu'elle apprécie ses qualités masculines. Le père de son côté, confirmera subtilement la féminité de sa fille et acceptera que son fils devienne son alter-ego, tel Tarras-Boulba d'abord furieux puis ravi d'avoir été mis à terre par des fils devenus plus forts que lui. Ce qui fut pour lui une grande victoire d'amour et de sagesse. Notons une tendance à éviter : celle du père-copain qui laisse ses enfants orphelins. Dès lors, pour eux, où rencontrer le père ? Certains risquent de le chercher au bout de la délinquance, de la drogue ou dans des embrigadements divers.
En somme, pour les parents, préparer leurs enfants à devenir parents à leur tour, c'est les aider à devenir des adultes libres, équilibrés et responsables. Leur rôle est primordial. Mais ils sont complétés et relayés par diverses institutions et services dont les plus importants sont l'école et les médias.
Autrefois, l'école, à l'image des parents, remplissait une tâche relativement simple : elle transmettait avec autorité des savoirs éprouvés et des valeurs sûres. Mais ces belles certitudes sont aujourd'hui ébranlées. La violence qui surgit au lycée à l'école maternelle laisse les enseignants aussi démunis que les parents : des jeunes sans repères et sans espoir se révoltent aveuglément et ne sont pas faciles à aborder en groupe.
L'école ne peut plus se contenter d'instruire les jeunes, de leur fournir un bagage leur permettant d'être un rouage utile dans la machine économique et sociale. Elle doit devenir un lieu d' éducation où les enfants et les jeunes seront guidés, comme dans la famille et en lien avec elle vers une autonomie responsable. Un lieu où jeunes et adultes seront appelés à refonder ensemble, les valeurs sans lesquelles l'espèce humaine ne peut survivre, vivre en paix et évoluer positivement.
Ceci exige un changement profond dans l'état d'esprit de cette institution et une formation des maîtres et professeurs comportant un important volet psychologique incluant connaissance des jeunes, travail sur soi personnel et en groupe - afin de développer des capacités relationnelles dans le cadre d'une large coopération. (...) Dans l'unité de la personne, l'éducation à la citoyenneté rejoint la préparation à la parentalité.

Par Marie-Andrée BERTIN, enseignante, présidente de l'Organisation Mondiale des Associations pour l'Education Prénatale

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